La
revue Vins et Santé met en évidence
régulièrement les effets positifs d’une
consommation modérée de vin sur la santé
humaine. Souvent mis en avant comme les composants
du vin les plus favorables au métabolisme,
les polyphénols retiennent également
l’attention des viticulteurs et des œnologues.
Ces molécules complexes et évolutives,
responsables de la couleur et de la structure tannique
des vins rouges, peuvent être considérées
comme des marqueurs essentiels de la qualité
organoleptique des vins. Elles sont aussi des indicateurs
de la maîtrise agronomique de la plante et de
la maturité du raisin.
Les polyphénols sont des produits du métabolisme
secondaire de la vigne. Leur augmentation dans le
raisin marque la fin du cycle végétatif
ou certaines situations de stress. En d’autres
termes, les conditions habituelles et harmonieuses
de la croissance, soit une alimentation de la plante
en eau et en sels minéraux (en particulier
l’azote) non limitée, sont défavorables
à la synthèse et l’accumulation
des polyphénols dans les raisins.
Le vigneron, par la recherche de la maîtrise
des ceps, représente donc le premier artisan
de la qualité phénolique des vins rouges.
Parmi les choix qu’il doit effectuer, certains
sont déterminants :
• Le sol et le porte-greffe
• Le cépage et ses clones
• L’entretien du sol et sa
fumure
• Le rendement en raisins
• La surface foliaire exposée et
l’exposition des grappes
• La protection sanitaire
• La date de la récolte
Le sol et le
porte-greffe
La situation (altitude, exposition) détermine
le potentiel climatique disponible. La synthèse
des anthocyanes (pigments rouges) et des tannins exige
des situations lumineuses et chaudes.
Le sol influence le comportement de la plante par
son régime hydrique et par sa teneur en éléments
azotés, principalement. Pour les cépages
rouges en particulier, une disponibilité limitée
de l’eau et de l’azote est indispensable.
Ces limitations favorisent l’arrêt de
la croissance et déclenchent la maturation
phénolique. Dans une certaine mesure, les sols
maigres et secs valorisent mieux les cépages
rouges. |
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Parmi
les porte-greffes compatibles avec le sol, le vigneron
choisit celui qui raccourci la période de croissance
au profit de la phase de maturation.
Le cépage
et ses clones
Tous les cépages rouges ne possèdent
pas des aptitudes égales à produire
des vins riches en composés phénoliques.
Gamay et Pinot Noir sont par nature moins généreux
que Gamaret, Syrah ou Cabernet Sauvignon, par exemple.
Chaque cépage est caractérisé
par son cycle végétatif dont la durée
est proportionnelle à l’exigence climatique
(chaleur principalement). Les vins rouges d’excellente
qualité phénolique ne peuvent être
obtenus qu’à partir de raisins parfaitement
mûrs, récoltés dans des situations
climatiques en parfaite adéquation avec les
exigences du cépage.
Les cépages, surtout les plus anciens, peuvent
montrer une grande variabilité entre les divers
clones qui les composent. Les différences observables
peuvent être multiples et certaines ont une
influence directe sur la qualité phénolique.
La taille des baies est un paramètre important.
Les polyphénols les plus qualitatifs sont logés
dans la pellicule des baies. Ce sont donc les clones
à petites baies qui seront les plus favorables
à la plus grande concentration phénolique
(rapport «surface pellicule/volume pulpe»
plus élevé).
L’entretien
du sol et sa fumure
Les sols viticoles doivent être protégés
de l’érosion. À cette fin, l’enherbement
représente le moyen le plus fréquemment
utilisé dans les vignobles nord-européens.
Cette technique provoque cependant une concurrence
hydro-azotée vis-à-vis des ceps de vigne.
Correctement gérée, cette concurrence
peut influencer favorablement la teneur en polyphénols
des raisins rouges. Un stress trop intense peut toutefois
déboucher sur une composition phénolique
élevée, mais de qualité médiocre
(tanins secs et rêches, par exemple).
La maîtrise de l’irrigation et de la fumure
des vignes s’inscrit totalement dans cette problématique. |
Le
rendement en raisins
Les anthocyanes et les tannins sont des sous-produits
dérivant de la synthèse des sucres par
la couverture foliaire. Les glucides assimilés
se répartissent sur l’ensemble des fruits.
Il est donc logique que la teneur en polyphénols
des raisins soit inversement proportionnelle au rendement
en raisins (g/m2). La maîtrise de ce rendement
est donc prépondérante et il est souvent
indispensable de pratiquer la “vendange verte”
(régulation de la charge).
La surface foliaire exposée
et l’exposition des grappes
Selon la tradition viticole ou les impératifs
de la mécanisation du vignoble, la densité
de plantation peut varier de 2000 à 10000 ceps
par hectare. D’un extrême à l’autre,
la performance individuelle de chaque cep varie énormément
alors que le rendement par unité de surface
varie peu. Des modes de culture si différents
sont possibles sans déficit qualitatif dans
la mesure où le rapport unissant le rendement
en raisins à la quantité de feuillage
exposée à la lumière correspondante,
est correct (env. 1m2 SFE/kg raisins). Lorsque la
surface foliaire est insuffisante, la synthèse
des sucres et des polyphénols est diminuée.
Dans le cas contraire, un excès de surface
foliaire peut conduire à une croissance exagérée
des baies, toujours défavorable à la
concentration phénolique.
Dans les conditions septentrionales, l’exposition
des grappes au soleil favorise la synthèse
des polyphénols dans les pellicules. Les travaux
de la feuille sont effectués en partie dans
cette optique, avec une recherche d’équilibre,
car un effeuillage trop précoce et excessif
peut contribuer à l’apparition de tanins
durs et de mauvaise qualité.
La protection sanitaire
Pour l’obtention d’un vin riche en matières
phénoliques, les pellicules des baies doivent
être parfaitement saines et intactes jusqu’à
la vendange. Les maladies fongiques comme le mildiou,
l’oïdium et le botrytis constituent les
principales menaces pour l’intégrité
sanitaire des pellicules. La maîtrise des facteurs
exposés ci-dessus, dans la mesure où
elle évite les déséquilibres
de croissance (vigueur), constitue déjà
une mesure prophylactique envers ces pathogènes.
Des traitements complémentaires sont nécessaires. |
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La
date de la récolte
Depuis la véraison, la maturation phénolique
se caractérise par une diminution progressive
de l’agressivité et de l’extractibilité
des tannins des pépins, ainsi que par l’augmentation
de la teneur et
de l’extractibilité des anthocyanes libres
(pigments rouges) contenues dans les pellicules. La
teneur en anthocyanes est utilisée comme marqueur
de la maturation phénolique car son évolution
est parallèle à celle des tanins des pellicules,
beaucoup plus complexes à quantifier. Le fléchissement
de la courbe d’extractibilité des anthocyanes
libres est un signe de maturité. Des méthodes
analytiques sont en cours de recherche et de validation.
Pour l’aider à déterminer la date
optimale de la vendange, le vigneron dispose toujours
de ses sens. Des méthodes simples, mais rigoureuses
et systématiques, permettent de suivre avec précision
l’évolution de la maturation du raisin
par la dégustation des baies. Les paramètres
les plus significatifs sont les arômes de la pellicule
et de la pulpe qui doivent évoluer du “végétal”
au “fruité mûr”. Les pépins
doivent également faire preuve d’un brunissement
et durcissement suffisants.
Dans les vignobles septentrionaux, une prolongation
de la maturation au delà de la maturité
technologique (sucres et acidité à l’optimum),
se traduit souvent par une amélioration substantielle
de la qualité phénolique des vins rouges.
Ce retardement de la vendange n’est possible que
si l’état sanitaire de la vendange le permet.
L’exemple du Gamaret, très résistant
à la pourriture grise, est très illustratif.
A l’inverse, la grande sensibilité du Pinot
Noir au botrytis est un obstacle fréquent à
l’obtention de vins colorés et tanniques. |
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Conclusion
La notion de terroir viticole n’a volontairement
pas été évoquée dans ces
lignes. Constitué des caractéristiques
climatiques et pédologiques (sol) d’un
site, le terroir joue un rôle primordial dans
l’obtention d’un vin de qualité.
Des recherches bordelaises ont mis en évidence
que les terroirs permettant l’obtention régulière
de grands vins sont ceux dont la conjonction des paramètres
climatiques et pédologiques débouche
sur une régulation naturelle parfaite de la
croissance et de la maturation de la vigne. La variation
saisonnière de l’alimentation en eau
de la vigne (régime hydrique) joue ici un rôle
prépondérant.
Dans les vignobles marqués par un terroir moins
favorable, les connaissances et le savoir-faire du
vigneron peuvent permettre d’atténuer
ou corriger les faiblesses du sol et du climat.
Le bon vin naît à la vigne! Et ce bon
vin consommé avec modération nous enchante
et nous garde en bonne santé.
À votre santé !
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