Professeur Cabrol
 

De tout temps, les hommes, depuis qu’ils se sont mis à travailler la terre, ont cultivé la vigne et en ont tiré cette boisson si extraordinaire?: le vin. On en trouve la trace dans les civilisations les plus anciennes, mais j’ignorais que le vin, en même temps qu’une boisson et une source précieuse de plaisir, avait été utilisé pour prévenir ou guérir les maladies. Cette lacune a été comblée lorsque j’ai lu et préfacé le merveilleux livre du Dr. Marc Lagrange “Le vin et la médecine”.
Ce livre nous apprend que l’on retrouve mention de la vigne et des effets médicamenteux du vin dans les tombes et les temples égyptiens, 4000 ans avant Jésus Christ. L’Inde connaissait aussi les effets du vin et l’intégrait dans l‘équilibre humoral qui régit le fonctionnement de l’organisme humain. En Chine le vin, qui a été connu plus tard, ne fut utilisé que dans des circonstances exceptionnelles et pour un rôle là encore médical associé à diverses plantes, en particulier au ginseng “l’herbe divine”.
Mais c’est surtout la civilisation grecque, qui va faire connaître le vin. Hippocrate, le père des médecins en codifie l’usage, il en fait la boisson essentielle, l’eau potable étant peut-être rare à cette époque, et surtout il codifie ses multiples usages médicaux. Usages externes comme antiseptique et
cicatrisant sur les plaies. Usage interne dans de multiples affections soigneusement répertoriées : en obstétrique pour accélérer l’accouchement, en neurologie pour traiter l’hystérie, en urologie pour traiter les infections urinaires, en gastro-entérologie, pour guérir les troubles intestinaux, constipation ou diarrhée.
À Rome, on appréciait également le vin et Galien le plus célèbre des médecins romains, l’emploie pour combattre les poisons, la ciguë ou les morsures de serpent, mais il distingue soigneusement les qualités et les défauts des différents crus.
Après la chute de Rome, les connaissances scientifiques et médicales sur le vin, furent conservées par les médecins arabes en Orient, mais ces médecins furent désemparés par l’interdiction qu’en fit l’Islam. Pourtant le plus fameux de leurs médecins, Avicenne, en légitime l’usage à des fins médicales en particulier pour stimuler l’énergie du corps et spécialement comme il le vérifiait lui-même, dans les ébats amoureux.
En Occident, après les invasions barbares l’obscurantisme s’abat sur le Moyen-âge. Seuls les moines conservent les prescriptions d’Hippocrate et utilisent le vin dont ils avaient d’ailleurs besoin pour la célébration de l’Eucharistie. Un des plus connus de leurs vins médicinaux, était appelé l’hippocras, qui servait à revigorer entre autres l’énergie des combattants de la foi Le vin de plus était employé contre la lèpre et la stérilité féminine.
Les siècles suivants voient se développer les progrès de la médecine qui n’enlèvent rien à l’usage médicinal du vin qui reste recommandé par les apothicaires et même parfois utilisé en clystère. Le médecin Pierre Chirac en prescrit l’usage au roi Louis XV.
Mais au 19ème siècle, on prend conscience des dangers du vin, surtout de son abus, l’alcoolisme. Le mot est alors forgé. Si on reste convaincu de l’action du vin contre les grands fléaux du temps, typhus, thyphoïde, choléra, on en distingue bien les effets néfastes dus à l’alcool. Si bien que l’Académie de Médecine, au 20ème siècle fixe les doses précises et permises de cette boisson. Aux États-Unis, on instaure même la prohibition mais ses médecins prescrivent des “Vins médicaux” aux personnes les plus affectées par ce sevrage brutal. En France les campagnes anti-alcooliques prennent toute leur ampleur, et je me souviens des affiches très suggestives placées dans l’école primaire de mon enfance.
Sous l’occupation allemande de 1940 à 1945, le vin manque et l’on ne voit plus se manifester les grandes maladies liées à l’alcoolisme, la cirrhose du foie en particulier. Ces malades disparaissent de nos salles d’hôpital. Mais après la guerre, à la pénurie succède la suffisance puis l’abondance et le déséquilibre alimentaire qui va à son tour créer nombre de maladies spécialement cardiovasculaires. Ce déséquilibre nutritionnel est surtout marqué dans l’alimentation américaine où la population en présente les effets les plus dramatiques.

 

Les médecins américains s’inquiètent alors de cette prédominance et se demandent si les mêmes effets se retrouvent dans les populations européennes. Ils s’aperçoivent que, dans les pays du pourtour méditerranéen, la Crête en particulier, ces maladies cardiovasculaires sont beaucoup moins importantes bien que l’alimentation dans ce pays, comporte pourtant, comme dans le sud de la France, beaucoup de graisses. On parle alors de “French Paradox”. Quelle est donc la cause de ce paradoxe français?? En dehors d’une alimentation à tendance végétarienne, la différence tient à ce que ces populations consomment du vin en quantité modérée mais régulièrement.
Des preuves scientifiques sont apportées à ce paradoxe. En effet le vin et surtout certains de ses constituants, les polyphénols, augmentent le taux sanguin du bon cholestérol, limitent les dépôts dans les artères (athérome) fluidifient le sang. Enfin par son effet légèrement euphorisant, le vin atténue le dangereux stress.
Le vin est-il alors réhabilité?? Pas complètement car si la consommation a régulièrement diminué, en particulier dans notre pays, celle des alcools surtout des alcools forts a grandement augmenté. principalement dans les couches les plus jeunes de notre société. Ainsi malheureusement, la distinction entre le vin et l’alcool, entre ceux qui usent sagement et modérément du vin et ceux qui abusent de l’alcool souvent associé à la drogue, n’est habituellement pas faite. Si bien que l’on accuse actuellement le vin de la croissante mortalité routière. Cette croissance est en réalité l’œuvre de l’alcool, joint au considérable développement et à la puissance de nos moyens de transports, qui est responsable de nombre de morts sur nos routes. Le vin, lui, n’est habituellement pas en cause, ce qui ne justifie pas la campagne actuelle contre notre breuvage national.
En conclusion que doit-on penser de l’usage du vin?? Si l’on a abandonné l’emploi proprement médical de ce breuvage, on doit en conserver l’usage alimentaire modéré dont on reconnaît les bienfaits à condition de respecter des principes maintenant bien admis.
Le vin, la plus hygiénique des boissons comme disait Pasteur, fait partie d’une bonne alimentation équilibrée, prise au cours de repas répartis à horaires fixes et réguliers, dans le calme et la détente conviviale.
Il reste ainsi un composant essentiel et bénéfique de notre nutrition.

 

 

 

 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

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