Si
on vous dit “BIB”, entendez Bag In Box.
Le bag in box est un principe de conditionnement très
simple. Il consiste en une poche en plastique alimentaire
équipée d’un robinet et d’une
protection en carton tout autour. Largement utilisé
dans certains secteurs de l’industrie alimentaire
comme le lait ou le jus, il a actuellement le vent
en poupe dans la filière vin française.
Pourtant dans ce secteur, ce conditionnement
n’a rien de nouveau comme l’explique Christophe
Heymann du groupe Jeanjean, pionnier et leader de
son utilisation en France. “Les BIB existent
depuis plus de 30 ans dans les pays scandinaves et
en Australie. Garden-party ou barbecue-party, ils
ont leur place sur les tables pour agrémenter
des repas conviviaux. En Scandinavie aujourd’hui,
plus de 50% des vins vendus le sont en BIB. Ce conditionnement
a ensuite séduit les consommateurs canadiens
et américains tandis qu’en France, son
développement a tardé parce qu’il
a été très longtemps associé
au vin de table et au vin de mauvaise qualité.“
Les Français auraient donc un temps, boudé
ce conditionnement qui convient à tous les
vins de boisson : les rouges, les blancs et les
rosés. En moins d’une dizaine d’années,
ils s’y sont convertis puisqu’on observe
un véritable bond en avant des ventes de ce
conditionnement dans un contexte morose. |
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La
grande distribution est le principal circuit de ventes
de vin en France avec une part de marché estimée
à 62% en 2003 d’après la source
TNP Secodip. Ce circuit de vente est donc bien représentatif
pour une analyse.
En 2004, les ventes de vin en BIB approchent les 10%
du total des ventes réalisées en grande
distribution après avoir enregistré
une hausse de 25% de 2002 à 2003 et de 26%
de 2003 à 2004. On peut analyser ce phénomène
comme un boom des ventes car toutes les études
montrent que les volumes des ventes de vin n’ont
cessé de décroître de façon
générale de 1996 à 2004. Or,
cette tendance n’épargne pas la grande
distribution dont le volume des ventes est passé
de 11 192 à 9 552 milliers d’hectolitres
sur la période soit un déclin des ventes
de près de 15%. Si on se penche sur l’évolution
des ventes par type de conditionnement, le Bib fait
figure d’exception avec une très forte
croissance des ventes, proche de 200% en passant de
46 à 922 milliers d’hectolitres sur la
période 1996-2004. En parallèle, les
conditionnements traditionnels ( cols, conditionnement
plastique, briques ou cubitainers ) n’échappent
pas à la baisse. A l’heure où
toute la filière vin souffre, il est intéressant
de cerner les raisons d’un tel succès
commercial. Plusieurs facteurs y concourent.
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Avantages
du conditionnement
Contrairement à la bouteille, qui une fois
ouverte, doit se boire relativement vite, le vin en
BIB ne s’altère pas. On peut le consommer
jour après jour, pendant 6 semaines sans noter
d’évolution du liquide. En effet, il
n’y a pas de phénomène d’oxydation
avec ce conditionnement. Lors du remplissage, le vin
coule dans une poche vidée de son air qui fait
ensuite barrage à l’oxygène. L’écoulement
du liquide, par simple gravité, empêche
l’air de rentrer par le robinet pendant que
la poche souple se rétracte. Après fermeture,
le vin reste donc sous-vide d’air et à
l’abri de la lumière. Les conditions
sont ainsi réunies pour qu’il conserve
tous ses arômes. Le BIB n’a rien de comparable
avec le cubitainer, si ce n’est une bonne contenance
mais il est bien plus hygiénique.
Offre diversifiée à
prix intéressant
Le contenu des BIB est monté en qualité
et l’offre s’est beaucoup diversifiée.
Dans un premier temps, on a réservé
ce conditionnement aux vins de cépages et aux
vins de pays. Certains producteurs voyaient alors
dans ce conditionnement un moyen de mieux différencier
vin de pays et vin d’appellation pour valoriser
davantage le second. Cette position ne fait franchement
plus l’unanimité. Car dans un contexte
économique de plus en plus difficile, élargir
son champ de prospection pour vendre est devenu un
impératif pour l’ensemble des producteurs.
Ces derniers font par conséquent les efforts
nécessaires pour être présents
sur les linéaires d’une grande distribution
qui tient à limiter le nombre de ses fournisseurs.
Ainsi, les producteurs d’AOC régionaux
se sont mis à décliner leurs bouteilles
en BIB.
L’argument prix encourage également les
ventes. Les consommateurs sont devenus regardant à
la dépense. C’est ce que ressentent les
professionnels du secteur qui constatent que ce sont
les acheteurs de bouteille qui se tournent vers les
BIB pour des raisons budgétaires. Une outre
à vin de 5 litres est d’un prix estimé
inférieur de 30% à celui d’un
carton de 6 bouteilles. Cet écart tient uniquement
aux coûts des conditionnements. D’un côté,
on a une poche avec un robinet, emballée dans
un carton et de l’autre : 6 bouteilles
en verre avec chacune une étiquette et un bouchon,
voire un carton.
Un packaging attrayant pour
de nouveaux consommateurs
Avec son carton, le BIB possède un champ
visuel bien supérieur à celui de l’étiquette
d’une bouteille. Ce support de communication
est de plus en plus exploité pour vendre du
vin comme un produit de rêve ou de luxe afin
d’attirer de nouveaux consommateurs. |
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Devant un linéaire
de vins, on peut observer plusieurs tendances esthétiques
qui démontrent combien les producteurs sont
devenus soucieux de s’adapter à la demande.
A côté des emballages classiques qui
fournissent des informations relatives à la
région et au cépage, on trouve des BIB
qui vendent du rêve, caractérisés
par un visuel qui évoque l’attrait touristique
d’une région et un art de vivre mais
aussi des cartons plus design, aux couleurs flash,
sans aucune référence visuelle à
la vigne.
Ces outils de communication calqués sur ceux
existant dans d’autres domaines séduisent
des consommateurs non traditionnels, sensibles aux
effets de mode. Le BIB aurait ainsi réussi
à moderniser l’image du vin, à
renforcer la contemporanéité d’un
produit qu’on préfère souvent
aujourd’hui consommer occasionnellement.
Enfin il est possible d’associer ce phénomène
commercial aux évolutions de la demande. Nul
doute que ce conditionnement est en adéquation
avec une tendance de fond qui affecte particulièrement
le marché du vin : le recul de la consommation
régulière du vin au profit de la consommation
occasionnelle. Les buveurs occasionnels de vin réticents
à l’ouverture d’une bouteille qui
ne sera qu’à moitié bue ont à
leur disposition aujourd’hui un produit qui
répond à leurs envies ponctuelles de
boire du vin, sans risque de gaspillage puisqu’en
l’entamant, ils ont la certitude de pouvoir
conserver son contenu sans risque d’altération.
Enfin, la fontaine à vin a tout pour plaire
à une clientèle de femmes devenues de
véritables acheteuses de vin ( 80% des ventes
en GMS le sont par des femmes). Des études
récentes menées par Onivins montrent
en effet « que l’achat sur prescription
masculine recule. On assiste à l’éclosion
de la femme prescriptrice. Elles sont plus particulièrement
sensibles au packaging, au prix et à la simplicité
d’usage », des critères d’achat
que possèdent le conditionnement. Et quand
on regarde une fontaine à vin de 3 litres (contenance
la plus vendue) dissimulée dans un carton muni
d’une poignée, on veut bien croire que
les femmes le mettent facilement dans leur caddie
à côté du pack de bouteilles d’eau
et du paquet de lessive au supermarché. Une
fois à la maison, le BIB se range aisément
sur une clayette du réfrigérateur pour
les vins blancs et rosés ou dans une réserve
avec d’autres produits alimentaires.
Quel avenir pour ce conditionnement ? Il a encore
manifestement des beaux jours devant lui. Certains
professionnels de la filière vin engagent actuellement
de nouveaux investissements. Le groupe Jeanjean est
en train de renforcer sa capacité de conditionnement
en BIB avec l’installation d’une 4ème
ligne et Friedrich, négociant nantais, a récemment
mis en service une nouvelle unité de conditionnement
en BIB dans l’Aude. |